PUTAIN ça m'énerve trop les gens qui disent "on verra" ou "c'est pas sûr" ou "je sais pas trop".
Sinon, voilà un truc que je viens d'écrire, c'est le chemin psychologique d'un personnage du film Ken Park de Larry Clark, une adaptation écrite et littéraire de la scène, si vous voulez. J'ai pas relu, j'ai pas fait lire, donc c'est un peu "exclusif" même si ça doit être un peu trop surjoué, artificiel ou cliché, je n'en sais rien, je n'ai jamais été folle. Voici la photo de l'acteur qui joue Tate dans le film."Réveille toi, Tate."
Le jeune homme brun, à demi nu, jusque là endormi dans son lit, soulève ses paupières. Encore elle.
"Lève toi, Tate."
N'allait-elle jamais cesser ? Cette voix mielleuse qui le hante depuis ses sept ans, depuis qu'il a dû aller moisir chez ses grand parents, depuis que ses parents sont morts, depuis qu'il est obligé de cohabiter avec ces gens-là, ces étrangers qui ne comprennent rien du tout : tout d'abord, le vieux qui triche au scrabble, putain, mais il triche au scrabble ! IL TRICHE ! Et l'autre grand mère qui ne comprend rien du tout non plus, sale conne, elle le laisse tricher, il est sénile, laisse le. Niaise. Sale conne niaise. Avec ta voix dégoulinante de miel répugnant. "Tiens Tate, mange un peu" et tes plateaux de fruits à la con que tu m'apportes avec le sourire et un air béat comme si j'étais le meilleur des petits fils.
Oui, Tate, c'est moi.
Et je les hais. Tous les deux. Le tricheur et la béate alors que je leur crache à la gueule chaque jour que le Créateur s'il existe crée. Ses plateaux de fruits de merde, ses tranches d'ananas et ses petites fraises rouge sang, je les balance parce que je n'en veux pas, de ses fruits dont la vue me débecte, quand comprendront-ils alors que je ne suis pas comme eux et qu'ils sont ignorants, qu'ils me font chier à me parler. Comment s'est passée ta journée, Tate ? Tu as fait tes devoirs, Tate ? Ta gueule, Grand Mère. Ta gueule. Ne parle pas ainsi, Tate ! Ta gueule, Grand Père. Tate ! Tate ! Comme si j'étais le centre du monde, comme si les deux étaient suspendus à mes lèvres qui ne s'entrouvent que pour dire ce qu'il en est, qu'ils sont cons et vieux et qu'il me font chier. Demain, qu'ils subissent le même sort qu'aujourd'hui et demain car c'est tout ce qu'ils méritent, ces niais. Non, pas demain.
"Vas-y, Tate."
Je me lève et seul le clair de lune me frôle de son rayon. Rien d'autre. Car ce soir, je suis invincible. Ce soir, je suis un héros. Ce soir, je sauve le monde des grands parents idiots. Le silence total règne dans la demeure. Tout se tait pour observer mon stoïcisme, exceptionnel. Je dois libérer le vrai Tate. Libre et fougueux. Le caleçon n'a pas son mot à dire ici. Entièrement nu, c'est ainsi que je dois être vu pour ce glorieux soir. Je sors de ma chambre, lentement. Il faut faire durer cet acte, merveilleux. En m'approchant de la cuisine, j'entends son horloge qui me défie. Tic tac, tic tac, tic tac. Pas de lumière, pas maintenant, ce serait inutile, ce sera pour tout à l'heure, on allumera la lumière et l'éclat illuminera mon oeuvre réalisée seulement au clair de lune. J'attrape un couteau. Aiguisé et fin, assez gros, pourtant. Grand mère l'a acheté hier matin. Regarde Tate, ce que j'ai acheté. Dès ce moment alors, j'ai su qu'elle l'avait acheté pour moi et ce soir. Peut être n'est-elle pas aussi bête qu'elle en a l'air. Un peu ou beaucoup bête, elle l'est tout de même.
Je le serre fort, pour qu'il s'imprègne de ma puissance. Je regarde la lune pour une dernière fois, avant d'accomplir ce que j'ai du faire depuis mes sept ans, avant que mon héroïsme n'implose et qu'il fasse de moi le vrai Tate. Celui qu'ils ont toujours refuser de voir. La lune, ce soir, et comme tous les autres soirs, est lumineuse, laiteuse et belle. Comme mes petites joueuses de tennis sur qui j'aime éjaculer, mentalement, quelques fois. Encore quelque chose qu'ils ne comprendraient pas.
Dans le couloir, la moquette affreuse et verte accueillent mon corps toujours nu. Je n'ai même pas froid. De toute façon, un héros n'a jamais froid. Un fou peut être.
"Allez, Tate !"
Elle chantonne encore dans ma tête. Douce et jolie voix. La seule qui me comprenne dans ce monde de fous, je crois. Le couteau à la main droite, j'empoigne mes cheveux de la main gauche. Ils sont propres, je les ai lavés tout à l'heure. Je souris. Car ils sont propres et je pense à ce que dirait ma grand mère demain matin, si la voix ne m'avait pas appellée. Tate, ton nouveau shampooing sent bon. Heureusement, elle n'aura pas à le dire car aujourd'hui, tout se finit. J'ouvre leur porte, bois peint en blanc, misérable. Ils sont tous les deux là, allongés, à dormir comme des idiots tandis que moi, je suis un héros ; je m'approche d'eux, silencieusement. Chut. D'abord grand père, à gauche. Parce qu'il n'a jamais fait de plateaux de fruits, il a juste mangé ceux de grand mère. Discrètement, je prends son dentier et le met à ma bouche. Ainsi, j'aurais un double sourire lorsqu'on allumera la lumière, et on verra tout.
Et je le plante de mon épée flamboyante. Combien de coups ? Je ne sais pas, autant qu'il en faut. Et je sens les gouttes de son sang foncé sautiller sur ma peau dénudée, le torse surtout. Avec toute cette agitation, grand mère se réveille et crie, d'un petit cri ridicule et inaudible, un cri de vermine. Grand père est mort et c'est à son tour. Je la poignarde à son tour, de son couteau. Merci grand mère, merci pour tout. Grand mère résiste, elle ne meurt pas aussi vite que grand père. La graisse de ses seins dégouline le long de son corps, c'est laid. C'est jaunâtre. Elle arrête de crier, elle ne bouge plus. Je crois qu'elle a aussi succombé à mon art. Et à moi-même. Inertes sont les corps de ceux qui pesaient sur mon existence. A présent, je suis nu, coupable, héroïque et souriant. Jouissif. Je suis heureux car en ce soir de pleine lune, j'ai sauvé le monde, le mien, je suis libéré de tout. Je suis un garçon libre et je l'ai fait seul. Une érection.
La police. Un rire. La liberté. Le dentier. Tout.
"Bravo, Tate."
Ci-joint, l'EP du groupe de Jeremy en libre téléchargement. Jeremy ne faisant pas partie des personnes qui disent "on verra", "c'est pas sûr" et "je ne sais pas trop". Ni des Tates.